“Je n’ai pas toujours pu vivre avec mon salaire. J’ai dû exercer une autre activité en parallèle”

Ancienne joueuse de football international, Mélissa Plaza a joué pour des grands clubs et a commencé sa carrière dès sa plus tendre enfance. Aujourd’hui, elle se bat pour la cause de l’égalité femmes-hommes. Elle revient sur son parcours et ses objectifs.

Xaalys. Tu as commencé à jouer au football dès ton plus jeune âge, comment tes proches ont-ils perçu ce choix de carrière ? T’ont-ils soutenu ?

Melissa Plaza. J’ai commencé le football à l’âge de trois ans. Au départ, il y avait beaucoup de réfractaires dans ma famille. Mes parents en premier lieu, surtout ma mère et ma grand-mère. J’ai à terme réussi à convaincre mes parents, puisqu’à l’âge de huit ans ils m’ont inscrite dans un club de foot. Et je n’ai plus jamais quitté ce milieu jusqu’à l’âge de 27 ans.

Quelles ont été tes plus grandes difficultés durant ton parcours ?

Les difficultés sont multiples. Il y a d’abord les réticences familiales et sociales et le poids des stéréotypes. Déjà à l’école, dans la cour de récréation, les garçons ne voulaient pas que je joue au foot avec eux puisqu’ils estimaient qu’une fille n’y avait pas sa place. Dans le monde du football, en tant que femme, nous avons toujours le sentiment d’être illégitime, de ne pas avoir les compétences nécessaires et de ne jamais être reconnue à sa juste valeur. Et tout cela se traduit dans des discriminations récurrentes à l’image d’infrastructures toujours inadaptées. Il n’y a pas de vestiaires pour les filles, les équipements ne sont pas conformes, ce sont souvent des tailles pour hommes beaucoup trop grandes pour nous. De plus, il est difficile pour nous d’avoir un créneau disponible pour s’entraîner dans les terrains car nous ne sommes pas la priorité et ce quel que soit le niveau où nous jouons. Je me souviens que quand je jouais à l’En avant de Guingamp, mon équipe et moi, nous sommes faites virées plusieurs fois par des U17 départementaux, sous prétexte qu’ils avaient réservé le terrain alors que nous étions au plus haut niveau national. C’est comme s’ils avaient viré les joueurs du PSG du terrain parce qu’ils ont réservé le créneau, chose impensable !

Il y a aussi le fait que nous voyagions dans des bus scolaires, où nous ne pouvions même pas allonger nos jambes devant, tellement l’espace était restreint. Nous ne déjeunions pas dans des restaurants durant les pauses aux aires d’autoroute, chacune devait apporter son déjeuner. Ce sont de petites choses comme celles-ci qui, mises bout à bout, rendent la situation épuisante. Sans compter les salaires qui étaient soit inexistants, soit très faibles. Tout ce qui porte à dire que les femmes ont vraiment du mal à trouver une place dans ce milieu là. Je n’ai pas toujours pu vivre avec mon salaire. J’ai dû exercer une autre activité en parallèle. J’ai terminé ma carrière à 1500 euros net par mois alors que j’ai été joueuse à l’Olympique lyonnais et en équipe de France.

Quels ont été tes trois plus grands accomplissements ?

Jouer à l’Olympique lyonnais a fait partie des plus grands accomplissements de ma carrière. J’ai remporté avec cette équipe, quelques titres de coupe de France et de championnes de France. J’ai également été en équipe de France, notamment pour ma première sélection avec les U20 où j’ai fait la coupe du monde au Chili. Et le plus bel accomplissement pour moi reste le fait d’avoir remporté les jeux olympiques universitaires à Gwangju en Corée du Sud en 2015.

Aujourd’hui tu te bats pour l’égalité femmes-hommes dans le monde du sport, comment t’y prends-tu pour sensibiliser les gens à cette cause ?

Je ne me bats pas seulement pour l’égalité femmes-hommes dans le sport, mais pour l’égalité femmes-hommes de manière générale. J’interviens en majorité dans les entreprises où je sensibilise un plus large public par le prisme des stéréotypes de genre. J’explique le lien entre les stéréotypes, les discriminations, les violences sexistes et sexuelles et j’essaye de faire comprendre aux gens que plus nous sommes permissifs à ce genre de choses plus nous acceptons des choses plus graves. Je veux me rendre dans le plus de structures possibles comme les entreprises, les collectivités locales, les collèges, les lycées pour faire passer le message et essayer de faire changer les choses à mon échelle.

Au Brésil, les joueuses de football touchent maintenant le même salaire que les hommes et en France, la Fédération Française de Football a enfin lancé le trophée de la meilleure joueuse du mois (récompense déjà présente pour les joueurs depuis presque vingt ans). Est-ce un bon début ?

Oui et non ! La fédération brésilienne et celle d’Angleterre ont choisi de verser aux joueuses les mêmes primes et salaires que leurs joueurs internationaux, et nous, nous sommes très loin de ça. Si cette très bonne initiative était mise en place par la fédération française de football, les clubs n’en suivraient pas l’exemple pour autant. Ils n’auraient pas l’envie soudaine de mieux payer leurs joueuses, voire les payer tout simplement. Aujourd’hui en France, il existe des clubs de division 1 qui n’ont pas de section femmes et qui ne souhaitent pas en avoir, ce qui est juste scandaleux !

Quels sont tes prochains objectifs ?

Mon objectif à très court terme, c’est le plaza camp ! Un stage de football, qui a lieu à Angers, à visée éducative qui s’adresse aux jeunes filles. Il est possible d’y jouer du foot-salle, du five en indoor, et du fit foot. Il y a également des modules éducatifs chaque jour selon différents thèmes : préparation mentale, environnement, égalité femmes-hommes, le sport et le handicap. Une rencontre est prévue avec notre marraine, Eve Perisset, une joueuse de l’équipe de Bordeaux et de l’équipe de France. C’est vraiment un stage complet qui aura lieu à la fin du mois. Les inscriptions sont bouclées pour cette année, mais si certaines le souhaitent elles peuvent s’inscrire sur celui de l’année prochaine. Et dans un second temps, je prévois de reprendre les conférences le plus tôt possible.

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